Aujourd’hui, on va se faire un bon festin de langoustes.
Non, j’rigole. On va juste en parler et les laisser vivre leur meilleure vie : confinées au fond d’un HLM avec vue sur le jardin corallien, en compagnie de Manuel, Pépé et toute la bande.
La langouste du jour, je l’appelle Fernando.
Je sais, ça ne rime pas avec langouste, mais ça rime avec brésilien… et ça me suffit.
La “sauterelle des mers”
Pendant longtemps, la langouste s’est appelée “sauterelle des mers”.
Le mot viendrait du latin locusta (sauterelle), parce qu’à une époque, on considérait les crustacés comme des insectes tombés à l’eau.
Franchement, on ne peut pas dire que ça ne ressemble pas à un insecte.
D’appât à star des restaurants
Il y a quelques années, aux Antilles, la langouste n’intéressait pas grand monde : certains pêcheurs utilisaient sa chair comme appât, point.
Aujourd’hui, c’est l’inverse : elle est partout, sur toutes les cartes de restaurant, souvent entassée dans des viviers, sous le regard gourmand de clients qui ne pensent qu’à la manger.
Et avouons-le : choisir “sa” langouste dans un aquarium… puis attendre qu’on l’attrape… puis l’entendre striduler… ça a quand même un petit côté bizarre.
Les langoustes de Martinique
En Corse on a la langouste Rouge, superbe.
En Martinique, on croisait principalement quatre familles :
La langouste royale (Panulirus argus)
La langouste brésilienne (Panulirus guttatus)
La langouste à bandes rouges (Justinia longimana)
La cigale (Scyllarides aequinoctalis) — aussi appelée cafard/ravet (et là, certains hésitent à la manger…)
Fernando, c’est laquelle ?
Rien ne ressemble plus à Fernando… qu’une autre langouste.
Mais on peut repérer quelques différences :
Royale : la plus grosse. 20 cm en moyenne, peut être énorme. Couleurs marron/pourpre/bleu foncé avec points blancs.
Brésilienne : plus petite, plus “bling-bling”, taches blanches sur carapace verte/bleue/marron. (Et non, elle n’a jamais mis les pattes au Brésil.)
Bandes rouges : la seule avec de petites pinces, rouge-orangé.
Cigale : ressemble vraiment à un cafard marin… mais paraît-il très bonne (va faire avaler ça à quelqu’un).
Les squats à langoustes (version HLM)
Le jour, les langoustes se planquent dans les anfractuosités rocheuses.
Et là, c’est souvent la colocation : de vrais squats pouvant abriter plusieurs dizaines d’individus.
Ça se grimpe dessus, ça se mélange, ça s’empile, ça s’accroche au plafond : un joyeux bordel organisé.
Le plongeur peut s’approcher : elles ne sont pas farouches.
Si vous bougez doucement vos doigts près de leurs antennes (sans toucher), elles finissent parfois par venir “tester” le contact.
👉 Par contre, bande de bourrins : on ne tire jamais une langouste par les antennes.
Déjà parce qu’on peut les casser, et ensuite parce que la carapace en segments épineux peut pincer méchamment : un vrai coupe-cigare.
La nuit, Fernando sort dîner
Si vous voulez voir les langoustes en pleine eau : plongée de nuit.
Fernando est plutôt nécrophage : il mange volontiers
des animaux morts
des oursins
des coquillages très… mûrs (ou bien vivants, selon l’humeur)
et quelques végétaux
Pour trouver tout ça, il utilise des chémorécepteurs sur ses antennes et ses pattes : il “renifle” les meilleures choses à proximité.
Bref : Fernando, c’est un peu le fossoyeur des mers.
Et quelque part… ça nettoie le fond. (Bon appétit.)
Fernando parle avec ses antennes (et stridule)
Les antennes servent à :
sentir
communiquer
et même… se repérer
Face au danger, la langouste émet un son audible : elle stridule.
Le bruit vient d’un petit mécanisme de friction à la base des antennes, comme un archet sur une corde.
Et avant la période cyclonique, on peut observer un truc incroyable :
des dizaines de langoustes à la queue leu leu, une antenne sur la queue de celle de devant, en procession vers un squat plus profond et plus protégé.
Fuite en marche arrière
La langouste marche beaucoup, mais si elle panique… elle s’échappe à grands coups de queue, propulsée en arrière.
Là, c’est la débandade : adieu farandole et danse des canards, tout le monde se carapate.
Amour, tango, spermatophore et millions d’œufs
Fernando est prêt à trouver l’amour vers 5 ans (pour une vie de 15–20 ans, faut pas traîner).
Une fois par an :
la femelle attire le mâle en stridulant
le premier arrivé gagne
petite danse nuptiale
antennes qui se touchent
les autres mâles comprennent qu’ils peuvent aller pécho ailleurs
Le mâle colle un spermatophore (capsule) sous la femelle, qui le garde en réserve… mais pas trop longtemps : même chez les langoustes, il y a une DLC.
Quand le moment est venu, la femelle descend plus profond et pond jusqu’à deux millions d’œufs, qu’elle garde sous l’abdomen avant éclosion.
Les larves partent ensuite dériver près d’un an, avant de finir par se poser (herbiers, mangrove), puis la vie de coloc commence.
Mue et exuvies
Les langoustes muent :
2 à 3 fois par an chez les juvéniles
environ 1 fois/an chez les adultes
Donc si tu vois une “carapace vide” en plongée : ce n’est pas forcément un repas de prédateur. C’est peut-être juste une exuvie.
Prédateurs… et surtout l’humain
Requins, poulpes, mérous, raies pastenagues, congres, murènes…
Oui, Fernando a des ennemis.
Mais son principal prédateur reste l’homme.
Encart : réglementation (Martinique)
Ce passage était écrit avec l’aide d’Amandine de L’Asso-Mer et basé sur un arrêté de 2019.
⚠️ Important : la réglementation peut évoluer.
👉 Avant publication définitive (ou si tu veux en faire une page “utile”), le bon réflexe sera de vérifier la version la plus récente. On le fera ensemble au moment “SEO fin”.
Règles clés rappelées
Interdiction totale de pêcher une langouste grainée (porteuse d’œufs).
Fermeture de la pêche du 1er juin au 30 septembre (période de reproduction).
Tailles minimales (mesure pointe du rostre → base inférieure du thorax, pas tête-queue) :
Royale : > 8 cm
Brésilienne : > 6 cm
Marquage des prises “loisir” : ablation d’une partie de la nageoire caudale (selon arrêté préfectoral cité).
Conclusion
Fernando, c’est :
un insecte marin
un colocataire du récif
un nettoyeur nécrophage
un musicien à antennes
et un futur papa de milliers de marmots
Et si un jour vous en croisez une, prenez le temps de regarder :
c’est bien plus intéressant qu’un plat sur une carte.
🧂 Morale
“Si, comme Fernando, tu veux te la péter en dansant le tango
devant ta belle qui roucoule et fait des trémolos,
n’oublie pas qu’après l’avoir pécho, tu risques de devenir papa de milliers de marmots…”
Et si tu ne l’as pas pécho : enfile un maillot et va jouer au foot à Rio.
Si vous aussi vous avez envie de vivre ce genre de moment…