Pépé le poulpe, roi du monde (ou presque)

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Ce matin-là, la mer est calme, presque immobile. Sous la surface, tout semble attendre.
C’est souvent dans ces moments-là qu’on fait les plus belles rencontres.
Aujourd’hui, je vais vous parler d’un vieil ami un peu particulier : Pépé le poulpe.

Pépé a un sacré caractère. Et parfois, il me dit même qu’il pourrait être le roi du monde.
Il fanfaronne un peu, peut-être… mais quand on connaît le personnage, on se dit que ce n’est pas complètement impossible.

La rencontre

Pépé, on ne le voit jamais par hasard.
D’abord, on repère sa maison. Ou plutôt… les restes de ses repas.

Car Pépé est un gros dégueulasse. Une fois son dîner englouti, il laisse tout devant chez lui : coquillages, carcasses de crabes, restes de festin… Un vrai dépotoir. C’est le signe infaillible : le poulpe est dans le coin.

Et puis, parfois, si on est patient, si on ne fait pas partie de ces plongeurs brutasses que l’on croise quelquefois, il finit par se montrer.
Un tentacule sort d’un trou, puis un autre… et si tout se passe bien, il vient même tâter votre main, doucement, pour faire connaissance.

Un jour, quelques clients ont même pu voir Éric nager avec un poulpe sur l’épaule pendant plusieurs mètres. Il a essayé de faire croire que c’était une sirène… mais non. C’était un vieux poulpe moche et gluant. Désolé.

Un personnage vraiment à part

Il faut dire que le poulpe est une créature fascinante.

Déjà, il est là depuis plus de 500 millions d’années. Oui, oui. Bien avant les dinosaures. Autant dire qu’en matière d’expérience de la vie sur Terre, il en connaît un rayon.

Au passage, petite question : quelle est la différence entre un poulpe et une pieuvre ?
Réponse : aucune. C’est exactement le même animal. Mais allez savoir pourquoi, “salade de poulpe” fait quand même plus envie que “salade de pieuvre”.

En Martinique, on l’appelle le chatrou. Et Mamie Nini, grande figure de Sainte-Luce, en fait paraît-il la meilleure fricassée de l’île (et gare à celui qui dirait le contraire).

“le saviez-vous ?”

Pépé, c’est :

  • 8 tentacules

  • Jusqu’à 200 ventouses

  • 9 cerveaux

  • 2 ou 3 cœurs selon les espèces

  • Du sang bleu (oui monsieur)

Il n’a pas d’hémoglobine comme nous, mais de l’hémocyanine. Résultat : sang bleu.
Quand je te dis qu’il pourrait être le roi du monde…

Il voit la vie en noir et blanc, mais de très loin il voit très bien.
Son corps est tout mou, sauf sa bouche, qui ressemble à un bec de perroquet. C’est d’ailleurs la seule partie de son corps qui ne peut pas passer partout.

Un mode de vie… particulier

Le poulpe est solitaire. Pas de bande de copains, pas de vie sociale.
Pour se déplacer, il propulse de l’eau grâce à un siphon placé près de son anus. En clair : il pète pour avancer.
Si seulement certains gouvernements pouvaient en faire autant, ça irait peut-être plus vite… enfin bref, je m’égare.

S’il est contrarié, il ne se contente pas de partir : il envoie un nuage d’encre (en réalité de l’eau, du mucus et des pigments) pour brouiller les pistes et disparaître.

Et côté appétit, Pépé est un ogre. Il peut doubler son poids tous les trois mois. Heureusement, il ne vit pas assez longtemps pour manger tous les océans.

Une vie courte, mais intense

Le poulpe est extrêmement intelligent :

  • il résout des problèmes,

  • retrouve son chemin dans un labyrinthe,

  • reconnaît des formes,

  • trouve des solutions.

Mais il a un gros défaut : il ne vit que deux ou trois ans.

Et comme on va voir plus tard qu’il ne transmet rien à ses petits,  chaque génération recommence de zéro.
C’est peut-être pour ça qu’il n’a pas beaucoup évolué depuis des millions d’années… contrairement à l’homme. Quoique.

Petite parenthèse sur la reproduction

Même s’il est solitaire, le poulpe n’est pas contre une petite séance de tentacules en l’air pour assurer la descendance.

La femelle pond ensuite des centaines de milliers d’œufs. Elle les protège, les nettoie, les aère pendant des semaines… sans plus jamais s’alimenter.
Quand les œufs éclosent, elle meurt d’épuisement.

Les bébés poulpes partent alors seuls dans la grande aventure.

Ce que la mer nous apprend

Quand on rencontre un poulpe, on ne voit pas juste un animal bizarre.
On voit :

  • une intelligence différente,

  • une autre façon de vivre,

  • une autre façon d’être au monde.

Pépé ne sera peut-être jamais le roi du monde.
Mais sous l’eau, dans son royaume de roches et de sable, c’est clairement lui le patron.

Si vous avez envie, vous aussi, de faire ce genre de rencontres, de prendre le temps d’observer, de comprendre, et de vous émerveiller…
Alors on se croisera peut-être bientôt sous l’eau.

Et qui sait, Pépé sera peut-être de sortie ce jour-là.